Compte-rendu de lecture par Jean-François Luneau, conservateur général du patrimoine, Centre André Chastel
de l’ouvrage de Véronique Breuil-Martinez, Guilaine Pons et Pascale Chappot, Vitraux des églises du Cantal, XXe et XXIe siècles, vol. 1, Aurillac, Association des Amis du patrimoine de Haute-Auvergne, 2022, 176 p. (Les cahiers de l’AAPHA, n° 9). ISBN : 978-2-9507062-5-6

Depuis 2018, le Conseil départemental du Cantal a entrepris, conjointement avec l’Association des Amis du Patrimoine de Haute-Auvergne, un inventaire exhaustif des verrières des édifices religieux du Cantal exécutées aux XXe et XXIe siècles. Cette enquête, dirigée par la Conservatrice des antiquités et objets d’art Véronique Breuil-Martinez, est réalisée par plusieurs enquêteurs, dont Guilaine Pons, CAOA adjointe, et Pascale Chappot, guide-conférencière, qui toutes trois cosignent l’ouvrage.
L’enquête s’avérait d’emblée assez longue en raison de l’ampleur du département, de sa géographie particulière et du nombre d’édifices à visiter, lequel doit être corrélé au nombre d’enquêteurs actifs. Elle a de plus été ralentie par la récente pandémie. Cependant, sans attendre l’achèvement de la recherche de terrain, les auteures présentent ici au public les premiers résultats obtenus, en renonçant à un catalogue par édifice au profit d’une présentation par ateliers ou artistes. Ce sont ainsi les travaux de vingt-deux ateliers qui sont dévoilés, dont les réalisations se trouvent dans les églises et chapelles de soixante-dix communes du département.
L’ensemble réuni fait montre d’une grande diversité de styles – les vitraux posés s’échelonnent de 1900 à 2022 – mais aussi de techniques, puisque le vitrail traditionnel en verre et plomb y côtoie les verrières en dalles de verre serties au ciment et d’autre encore exécutées en fusing. Parmi les artistes ou les ateliers, se rencontrent des officines locales ou des ateliers d’envergure internationale.
En feuilletant les pages, on découvre ainsi des œuvres qu’un premier regard classerait facilement au XIXe siècle (Lachaize à Massiac ou à l’église Sainte-Christine de Saint-Flour), mais aussi des vitraux à la figuration traditionnelle exécutés avec les techniques modernes du fusing ou du thermoformage (Laétitia Bastien). On y rencontre aussi, sans surprise, les inévitables ateliers Loire ou Mauméjean, mais on y voit également des vitraux de Marguerite Huré datant de sa période figurative. L’abstraction se rencontre aussi bien parmi les adeptes de la dalle de verre comme Henri Guérin (Teissière-lès-Bouliès) que parmi les partisans du vitrail en verre et plomb tels Jean Labellie (Le Rouget-Pers) ou Jacques Dorchies (Bassignac), de même que la figuration existe autant dans la technique traditionnelle que dans la dalle de verre : Taureilles (Lanobre) côtoie ainsi Stephen Fleury (Rouziers).
L’inventaire permet aussi des découvertes originales comme les vitraux néo-médiévaux des frères Tournel (Les Ternes) et ménage quelques bonnes surprises : on pense ici aux verrières de Perrin & Perrin posées en 2004 à Anglards-de-Salers et exécutées en build-in-glass, une technique personnelle dérivée du fusing. L’ouvrage est complété par un utile glossaire, une liste alphabétique des communes renvoyant aux ateliers correspondants, ainsi qu’une table des matières, c’est-à-dire des ateliers et artistes évoqués.
Bien que son ambition soit locale, cet ouvrage livre une moisson de données qui vient enrichir notre connaissance du patrimoine verrier français. On attend donc avec impatience de pouvoir lire le deuxième volume.

Pour commander le livre : https://www.patrimoine-cantal.com/userfile/documents/Bon%20%20de%20commande%20livre%20vitraux.pdf
Image d’illustration : détail de la couverture de l’ouvrage Vitraux des églises du Cantal ; Rouziers, église Saint-Martin, Saint Martin (détail), par Stephen Fleury et Henri Julié, dalle de verre, 1952. © Pierre Soissons.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Jean-François Luneau (16 mars 2023). Vitraux des églises du Cantal, XXe et XXIe siècles. Corpus vitrearum – France. Consulté le 9 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/nfvk