par Michel Hérold, conservateur général honoraire du patrimoine, président du Comité français du Corpus vitrearum
En allemand : Aufschmelzen roter Glasflüsse in Streifen ; aufgeschmolzene rote Glasfäden = filets rouges intégrés dans le verre.
En anglais : Striated Glass ou Venetian.
Définition
Verres blancs (jaunes dans de rares exemples) traversés de filets de verres de couleur, le plus souvent rouges, parfois aussi bleus et pourpres intégrés dans l’épaisseur de la matière, mais restant à sa surface comme une pellicule de placage (fig. 1).

La technique de soufflage la plus adaptée de ces verres est en manchon. Cependant plusieurs méthodes sont possibles et ont fait l’objet d’expérimentations. La première consiste en l’application de cordons de verre de couleur en fusion sur la boule de verre en rotation, suivant l’hypothèse proposée par Jean Lafond (fig. 2), mais le résultat est peu satisfaisant.

Plus convaincantes sont les techniques faisant usage de moules. Le manchon en formation peut être roulé sur un moule cranté plat dans lequel se trouvent des baguettes de verre de couleur (fig. 3).


Le manchon peut aussi être introduit dans un moule vertical, lui aussi cranté, dans lequel sont disposées les baguettes de verre de couleur, piquées au fond dans du sable. Une fois les baguettes fixées sur le manchon, le soufflage se poursuit (fig. 4).


Lorsque le travail est achevé, les filets peuvent prendre aux deux extrémités une forme courbée ; des filets ondulés et des courbures concentriques sont souvent observables ; des filets avec des courbures inverses apparaissent parfois ; les baguettes ont tendance à s’interrompre sur les marges de la feuille (fig. 5).

Les verres sont le plus souvent mis en œuvre, filets sur la face interne du vitrail. Le jaune d’argent est souvent utilisé pour peindre des filets jaunes complémentaires.
L’usage des verres à filets colorés dans le vitrail est repéré entre les années 1330 et vers 1540. Les premiers exemples identifiés l’ont été en Autriche (Vienne, cathédrale Saint-Étienne, Maria am Gestade, abbaye de Klosterneuburg) (fig. 6).

En Allemagne, les verres à filets colorés sont employés sur une période très courte, le premier quart du XVIe siècle, dans des vitraux de qualité exceptionnelle tirés de cartons de grands peintres (Dürer et Baldung Grien à Nuremberg et à Fribourg-en-Brisgau ; Hans Holbein à Augsbourg) (fig. 7).

C’est dans la moitié nord de la France que les occurrences sont les plus nombreuses, repérées entre 1470 et 1540 environ (fig. 8).

Ces verres utilisés en petites quantités et de façon ponctuelle n’appartiennent pas à une production commercialisable, mais répondent à une demande précise et donc à une fabrication sur des sites verriers divers (dans l’Empire, dans la moitié nord de la France), mais sans rapport avec Venise (compositions et techniques incompatibles).


Les verres à filets colorés sont au service de l’iconographie, véritables marqueurs d’éléments précis de la représentation : leur fonction peut être dans le domaine du négatif (ils désignent des incrédules, des blasphémateurs, des juifs, des bourreaux, des réprouvés en général) (fig. 9), du positif (anges glorieux) (fig. 10) ; ils contribuent à la représentation de matériaux précieux (marbre) (fig. 11) et des éléments (feu).

Bibliographie
1 – À l’origine du sujet
– J. Lafond, « La technique du vitrail : aperçus nouveaux », Art de France, 2, 1962, p. 248 et pl. 3.
– J. Lafond, Le vitrail. Origines, techniques, destinées, Paris, 1966, p. 34-35.
2 – Une notice en majeure partie à revoir
– N. Blondel, Le vitrail. Vocabulaire typologique et technique, Paris, 1993, p. 170-173.
3 – État actuel du sujet
– M. Hérold, C. Loisel, A. Rellier, B. Trichereau, A. Guillot, « De la verrerie au vitrail. À propos des verres dits « vénitiens » de la rose de la Sainte-Chapelle », dans M. Hérold (dir.), Vitrail, numéro spécial de la Revue de l’art, n° 214/2021-4, p. 54-69.
– C. Loisel, B. Trichereau, A. Rellier, M. Hérold, A. Guillot, « Recherche expérimentale sur la fabrication de verres à filets colorés et “aspergés”, à la façon de la fin du Moyen Âge : observations et analyses », Monumental, 2022/1, p. 98-99 et 104-107.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Elisabeth Pillet (25 janvier 2024). Verres à filets colorés dits « vénitiens ». Corpus vitrearum – France. Consulté le 14 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/vo7y