par Michel Hérold, conservateur général honoraire du patrimoine, président du Comité français du Corpus vitrearum
Les chercheurs spécialistes du vitrail, lecteurs assidus des archives retraçant l’histoire des édifices qu’ils étudient, relèvent fréquemment la mention de « grands vents » ou d’orages de grêle dommageables aux vitraux et souvent aussi à l’origine de leur disparition1.


Il ne s’agit plus d’archives ici, mais de l’actualité. Le samedi 3 mai dernier en milieu d’après-midi, un très violent orage de grêle a touché Paris. Si la presse a largement relaté les dégâts causés dans les rues de la ville et dans le métro, les dévastations relevées sur les monuments patrimoniaux et sur les vitraux n’ont guère été signalées. Elles sont pourtant majeures.
Un premier relevé sommaire a pu être établi au lendemain du sinistre dans les édifices religieux relevant de l’entretien de la Ville. Le sinistre concerne à des degrés divers la majorité des églises qui conservent des vitraux anciens, Saint-Étienne du Mont Saint-Eustache, Saint-Germain l’Auxerrois, Saint-Gervais, Saint-Merry, Saint-Nicolas du Chardonnet, Saint-Paul-Saint-Louis, Saint-Séverin, Saint-Sulpice. Des dégâts sont aussi à noter au Temple du Marais, à l’Oratoire du Louvre, à Saint-Louis-en-l’Ile, à Saint-François-Xavier, à Saint-Thomas d’Aquin, Saint-Ambroise, Sainte-Marguerite, Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, Saint-Jean-de-Montmartre etc.

L’Hôtel de ville a également été touché avec de multiples trous et impacts relevés dans les galeries donnant sur cour, mais surtout dans les vitraux d’Henri Carot pour la buvette des élus et le vestiaire du Conseil.


La cathédrale Notre-Dame n’a pas été épargnée. La grêle a endommagé les clôtures de la sacristie, mais surtout, poussée par un fort vent d’ouest, a frappé la rose de façade fortement impactée par des casses et quelques trous. Le panneau central, par exemple, déjà bombé en raison du mauvais état de sa mise en plomb est désormais perforé au niveau du bras droit de la Vierge.



La rose de la Sainte-Chapelle a, en revanche, été préservée par la présence salutaire d’une verrière de protection en verre blanc suivant une mise en plomb simplifiée posée en 2015 (fig. 8 à 11).
Cela n’a pas été le cas de la baie 115 de l’église Saint-Gervais (Adoration des Mages, XVIIe et XXe siècles) restaurée en 2023 et remise en place sans verrière de protection (fig. 2).




Sachant qu’à l’avenir ces événements météorologiques violents sont amenés à se multiplier plus régulièrement en lien avec le réchauffement climatique, la pose systématique, lors des restaurations, de verrières de protection s’impose. Quel que soit le procédé de leur mise en œuvre, simple verre stadip®, verre blanc monté en plomb, verrière thermoformée etc., outre la prévention des altérations, elles sont en mesure d’assurer la sauvegarde physique de ce patrimoine fragile.
- Comme ce fut le cas à la cathédrale de Clermont-Ferrand où plusieurs verrières furent détruites et d’autres endommagées par l’orage de grêle du 23 juillet 1835 ; voir Jean-François Luneau, « Restaurer au XIXe siècle : le cas des vitraux de l’église Notre-Dame du Port », Restaurer au XIXe siècle, édité par Bruno Phalip et al., Presses universitaires Blaise-Pascal, 2022, https://doi.org/10.4000/13i4z [↩]
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
mherold (16 mai 2025). Grêle : des dégâts sur les vitraux parisiens. Corpus vitrearum – France. Consulté le 8 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13xyp